En Europe, le chômage percute la jeunesse

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En Europe, le chômage percute la jeunesse

La jeunesse frappée de plein fouet. Le chômage touche 21,6 % des actifs de moins de 25 ans dans la zone euro, contre une moyenne de 10,8 %, toutes catégories confondues. Deux fois plus. Des sommets tragiques sont atteints en Grèce et en Espagne, avec des taux de chômage dépassant les 50 % chez les jeunes. Et l’Europe du Nord, pourtant plus résistante, n’est pas épargnée. « En Suède : 7,5 % de taux de chômage moyen, mais 23,5 % chez les jeunes », indique Antoine Math, chercheur à l’Ires, Institut de recherches économiques et sociales, à destination des organisations syndicales.

Pourquoi eux ? Derniers arrivés sur le marché du travail, les jeunes sont la variable d’ajustement. Comme sur une liste d’attente. Ce sont eux qui portent la flexibilité du marché du travail : CDD et temps partiel sont pour eux. Et ce sont précisément ces emplois qui disparaissent quand l’activité mollit. La formation joue un rôle majeur. En Espagne, par exemple,« l’échec scolaire est très élevé, explique Matilde Alonso, professeur à Lyon 2. À l’époque de la bulle immobilière, beaucoup de jeunes ont quitté l’école car il y avait beaucoup d’opportunités pour trouver du travail bien payé, mais peu qualifié. Ils ont eu une vie facile. Et quand la crise est arrivée, ils se sont retrouvés chômeurs et sans diplôme ». Or, c’est vrai partout : les plus diplômés trinquent moins que les autres. L’Allemagne a su davantage intégrer ses jeunes, notammentvia l’alternance.

Comment se débrouillent-ils ? La famille joue un rôle puissant d’« amortisseur social », mais, de plus en plus, les parents eux-mêmes sont en difficulté… « La pauvreté a beaucoup progressé chez les jeunes, indique Antoine Math. Les « inactifs » sont aussi plus nombreux : ni inscrits au chômage, ni en emploi. Découragés, en retrait. L’émigration progresse également, particulièrement en Irlande et chez les plus qualifiés. C’est le témoignage d’une forme de désespoir. Inquiétant pour eux, et l’avenir du pays. »

Quelles incidences pour l’avenir ? Entamer sa vie professionnelle et souvent sa vie d’adulte en allant pointer au chômage, triste horizon pour la jeunesse. Perte de confiance en soi, santé dégradée, suicides. Des études montrent les incidences du chômage sur les trajectoires de vie.« La fécondité elle aussi est touchée, les projets familiaux reportés à plus tard », poursuit Antoine Math. Les institutions, aussi, deviennent source de défiance. En Espagne, « il y a eu le mouvement des Indignés, mais ce coup de colère n’a débouché sur rien. Que reste-il ensuite ? Les médecins », constate amèrement Matilde Alonso. Pour la chercheuse, « partout, les jeunes vont à reculons vers l’avenir ».

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